• Le réveil sonne.

     

    C’est le matin.


    Du moins, il est l’heure pour moi d’entamer la journée. C’est un bien grand mot que de parler de matin quand il fait encore noir comme dans un four et que le soleil est bien loin d’être levé. Enfin, cela dépend de la conception que l’on a du matin.
    Bon... cessons de tergiverser avec nous même en regardant le plafond que l’on devine à peine, il me faut désormais m’extirper de ce lit fourbe.


    La lutte s’avère acharnée au sein de cette arène de draps tièdes, je jauge l’ennemi en tentant une fugace échappée d’orteils à l’extérieur... Bon dieu ce qu’il fait froid dehors ! Aussi sec, la couette m’engloutis de son chaleureux orgueil. C’est le point critique, il ne s’agit pas de baisser sa garde, sinon l’outrecuidant textile m’immobilisera dans un sommeil faussement voluptueux. Mais je ne compte pas me résigner, dans un effort surhumain, je me débats avec bravoure dans cette mélée de linge redoutable : et je porte le coup fatal en repoussant violemment l’assaillant avec grande vigueur !
    Le piège est levé, la couette gît au sol.


    Je sors à nouveau glorieuse de ce combat quotidien. Portée par ma victoire, je m’élance et pose un pied au sol, puis l’autre, puis me lève et m’étire dans toute ma grandeur naissante. Je jette un regard au corps refroidi et honteux étalé au pied du lit. Ma clémence veut que je l’aide à se relever, je la saisie délicatement et l’allonge sur le lit. Puis je me détourne immédiatement, pour ne pas retomber sous son emprise, et je me dirige vers le couloir à tâtons.


    J’avance prudemment dans les ténèbres. Soudain j’entends un cri de détresse, je bondis et me plaque contre le mur, mes doigts tremblants cherchent frénétiquement l’interrupteur. J’aperçois une ombre menaçante en embuscade à la porte suivante, je trouve enfin l’excroissance sur le mur, je l’actionne.


    Diantre, ce n’était que le chat. Il disparaît en dévalant l’escalier dans un roucoulement ravi.
    Félon...


    Mon soulagement se fait bref, car je me retrouve rapidement face au dernier obstacle de mon chemin matinal, le plus périlleux de tous, le plus vicieux, le plus grinçant... : l’Escalier.
    Mes yeux encore embrumés par le sommeil ne m’avantagent guère, il va me falloir livrer bataille ingénieusement... J’attrape la rambarde par surprise, et enchaîne avec le chevauchement habile d’une marche isolée. Erreur fatale. L’adversaire avait feint l’étonnement pour mieux savourer ma chute abyssale, sous mes pieds chaussés de mes fidèles socquettes hivernales, la marche traîtresse s’était recouverte d’un satin de poils canins. Ce n’est qu’au choc de mon fondement contre le bois que mon désarroi atteint son paroxysme. Je suis sonnée. La honte de cet erreur tactique me fait battre le coeur ; comme un forgeron dans un élan effréné bat le fer rebelle. Puis c’est au tour de la rage de m’envahir, je sens mon visage s’empourprer, un cri de guerre me tourne dans les poumons et en jaillit avec colère, je reprends le combat de plus belle, ardemment je me relève et dompte les marches deux à deux dans un mouvement inarrêtable. Les gémissements du bois s’évanouissent dans l’air.
    La joute est terminée, la menuiserie est restée coi face à ce revirement soudain de situation.
    Depuis le carrelage, je la met en garde de ne pas recommencer tout en m’époussetant le céans.


    Je quitte le champ de bataille en boitant, et me laisse guider avec béatitude par les douces effluves de café noir émanant de la cuisine. Quel bonheur d’y retrouver mon aimé, ronchonnant et pansant ses blessures de la nuit, un manque de sommeil et d’odieux cauchemars furent son lot de mésaventure. Je le rejoins en compatissant et entame à mon tour le récit de mon époustouflante descente aux cuisines tout en me massant la cheville.


    Ça y est, enfin, c’est l’heure du petit-déjeuner !

     

     

     

    « Inktober 2017 5>9

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